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Mardi 11 novembre 2008


Un simple fait divers dans l’Amérique des années cinquante. Dans une banlieue paisible où la vie est tranquille et ordinaire, une adolescente, Meg, et sa jeune sœur handicapée ont été placées chez une tante éloignée après le décès de leurs parents.
La tante a une certaine idée de l’éducation. Ses brimades, d’abord anodines, font vite place à des accès de rage, des caprices cruels, et bientôt un atroce supplice dans lequel elle entraîne ses trois fils, puis les autres garçons du voisinage.
L’un d’eux, pourtant, refuse de participer mais ne peut se résoudre à s’opposer à l’autorité de cette femme. Il sait qu’il doit prendre une décision d’adulte : faire un choix entre l’amour et la luxure, entre la compassion et le mal.

 

« Ce livre est insupportable, je ne l’oublierai jamais », a indiqué en accroche l’éditeur de ce livre… Je n’en suis qu’à la moitié quand je commence ma chronique, et c’est le cas. J’ai dû me faire violence. Violence pour lâcher, l’espace de quelques minutes, ce roman qui vous tord l’estomac. L’horreur, à ce moment, ne fait que monter, mais déjà c’est insupportable. L’écriture, la narration sont d’une qualité rare. Ketchum découpe son récit en chapitres courts, voire très courts. Le dernier de la première moitié ne comporte par exemple qu’une phrase, anodine en apparence, mais qui marque le basculement dans la folie de l’histoire. Une fille comme les autres est l’histoire d’une descente aux enfers. L’enfer c’est bien sûr l’abri souterrain où les enfants et leur mère font subir de nombreux sévices à la pauvre Meg, mais aussi l’esprit de Ruth, la tante de la jeune fille, qui assiste en tant que chef d’orchestre au défoulement de ses fils. Chef d’orchestre mais aussi entomologiste, puisqu’elle observe soigneusement leur comportement, s’amusant à les manipuler pour les faire aller plus loin encore dans l’horreur. Ce qu’il se passe dans cet abri est horrible, et nous le voyons par les yeux d’un petit voisin, qui sent monter en lui un mélange complexe de sentiments : le désir, la fascination morbide, la révolte, la colère… Une parabole sur l’entrée dans l’adolescence, où fantasmes naissants rentrent en conflit avec la raison, la bienséance et le bon sens. Et même, la santé mentale.

Jack Ketchum, dont c’est le pseudonyme, s’est inspiré d’une histoire vraie datant des années 1965 pour écrire son histoire. Celle-ci est violente, mais pas extrêmement, et elle traumatisera certinement nombre de lecteurs. Attention donc aux âmes sensibles.

 

Ma lecture fut à la fois passionnée et douloureuse. Passionnée parce que Ketchum écrit extrêmement bien, son style est nerveux et il sait installer une ambiance en peu de mots. Douloureuse parce que ce qu’il raconte est quand même très dérangeant. Attention, Ketchum n’est pas malsain, il sait s’arrêter sur le seuil de l’insoutenable ; mais son roman pose clairement la question : si l’on a le choix, la liberté, basculerait-on dans la violence gratuite, ou choisirait-on la voix de l’empathie, de la bienséance ? c'est un huis-clos oppressant, vraiment très prenant. A noter le jeu de mots  contenu dans le titre pour une fois intéressant en français : en effet, The Girl next door (titre original donc) signifie littéralement "la voisine", mais aussi "la fille ordinaire", ces deux appellations s'appliquant idéalement à Meg. Les traducteurs et éditeurs français ont donc choisi la version la moins littérakle, pour souligner la banalité de l'histoire, ou du moins la banalité du cadre...

 

Ce livre est insupportable, je ne l’oublierai jamais.

 

 

Spooky. 

 

par Ansible publié dans : Livres
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Vendredi 7 novembre 2008


Le Sud des Etats-Unis recèle bien des surprises...
Une jeune femme brutalement taillée en pièces dans sa maison de Virginie... avec une arme vieille de plus de cent ans. Un officier à la retraite éviscéré... par un assaillant invisible. Un jeune homme, les yeux crevés dans sa baignoire... puis bouilli vif. Qu'ont ces victimes en commun ? Quel être de cauchemar les a massacrées ? Le mystère s'épaissit lorsque la police, jusque-là impuissante, reçoit l'aide d'une petite fille qui semble être la seule capable de voir l'assassin. Mais pourront-ils capturer un tueur qui n'a peut-être jamais été humain ?
L'inspecteur Decker Mc Kenna mène l'enquête, et celle-ci va le mener dans les méandres du temps, et peut-être lui permettre d'exorciser une blessure intime...

Depuis son premier roman Manitou, écrit en une semaine en 1975, l'Ecossais Graham masterton fait partie des auteurs les plus populaires de la littéraure d'épouvante. Très prolifique, ses romans sont traduits dans de nombreuses langues. La plupart de ses écrits sont réalisés suivant un même schéma : des meurtres atroces sont commis, un enquêteur découvre qu'une tradition ancienne est à leur origine, et ça se termine en général non sans dommages... Masterton va toujours chercher des légendes, des mythologies très exotiques ; cela ne manque pas d'intérêt, mais à mes yeux ses récits (ou du moins tous ceux que j'ai pu lire émanant de lui) se cassaient immanquablement la gueule en cours de route, jusqu'à des fins confinant parfois au grand guignol.

Le Diable en gris ne déroge pas à ces règles. Ici on nous présente la santeria, religion primitive originaire d'Afrique, et importée dans le Nouveau-Monde par les esclaves, qui mènera au vaudou. Une religion peuplée de tout un tas de dieux, certains bienveillants, d'autres plus vindicatifs, que les esclaves noirs ont continué à prier dans les champs de coton du Sud, en leur donnant les noms de saints chrétiens, afin de ne pas se faire repérer par les autorités locales et leurs maîtres. En même temps nous faisons un retour en arrière dans le temps, vers la bataille du Wilderness en 1864, où les forces de l'Union subirent une défaite aussi cuisante que mystérieuse. Si vous voulez en savoir plus, rendez-vous sur cette page de Wikipedia.
Comme d'habitude Masterton distille une ambiance assez inquiétante avec ces meurtres étranges, puis des éléments ma foi pas inintéressants (cette petite fille autiste qui est presque la seule à pouvoir voir le tueur, le récit très oppressant de la bataille du Wilderness que Decker revit en rêve...). Mais ça tourne ensuite en eau de boudin avec un raccrochage à la religion chrétienne ainsi qu'un traitement qui vire presque au bal costumé dans la dernière partie. Mis à part pendant les meurtres du début, on n'a pas vraiment peur... Dommage de gâcher de la matière de cette façon...


Spooky.
par Ansible publié dans : Livres
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Mardi 21 octobre 2008


En 2002 sort ce premier roman d'un enseignant britannique, et très vite Carbone modifié se fait connaître au sein du cercle des amateurs de SF. Un ancien membre des Corps diplomatiques (entendez par là un ex-super soldat) est engagé par un milliardaire pour enquêter sur... sa propre mort ! (au milliardaire) Il faut savoir que dans le futur où se déroule l'action, les personnages qui peuvent financièrement se le permettre peuvent changer de corps, passer de l'un à l'autre, pour peu que l'autre ne soit pas occupé, tout en gardant leur âme dans une pile logée à la base du cou... Mais ce qui au départ s'annonçait comme une enquête un peu étrange va l'amener sur des rivages très étranges.

On est dans le pur cyberpunk. Les personnages se connectent à tour de bras, se rencontrent sur des espaces virtuels... Mais si l'univers en lui-même n'est pas très original, ce sont les idées de Morgan qui marquent : d'abord la possibilité de changer d'"enveloppe", comme je l'indique plus haut ; un mélange des genres entre un pur polar et une toile de fond marqué SF, avec une forte dose d'adrénaline puisque les scènes d'action sont nombreuses ; et pour finir un héros plutôt intéressant, Takeshi Kovacs, à la fois baroudeur et très humain. Morgan, je l'ai dit, place beaucoup de scènes d'action dans son récit, et celles-ci sont particulièrement réussies. A côté de Kovacs, on retrouve des personnages secondaires pas piqués des vers, dont une IA (Intelligence artificielle) hôtelière particulièrement soignée.

L'histoire serait très efficace si la narration n'était pas un peu défaillante. En effet, soucieux d'enchaîner les morceaux de bravoure, Morgan en oublie parfois de poser son héros, de nous expliquer un peu ce qu'il se passe. Des personnages apparaissent, jouent un rôle important dans l'intrigue, sans qu'on comprenne pourquoi. Dommage, car Carbone modifié aurait pu devenir un classique vraiment incontournable avec ses éléments novateurs.

Spooky.
par Ansible publié dans : Livres communauté : Autres Mondes...
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Samedi 4 octobre 2008


Tixu Oty est un raté, un pauvre employé de la Compagnie Intergalactique Long Transfert sur une planète oubliée. Il noie son ennui dans l’alcool.

Une jeune et belle syracusaine le supplie de la téléporter gratuitement en enfreignant le règlement, et il se retrouve embarqué dans une course-poursuite trépidante dont l’enjeu est l’avenir même de l’Univers.

Car des extra-terrestres aux dons télépathiques monstrueux, les Scaythes d’Hyponéros, sont en train de prendre le pouvoir dans la Confédération et de la faire basculer dans une dictature sanglante.

Seul les détenteurs d’une science du combat oubliée, basée sur le silence intérieur, peuvent s’y opposer. Et ils ne sont qu’une poignée...

 

Les Guerriers du Silence, paru en 2000 chez l'Atalante, est le premier roman écrit par Pierre Bordage. Il va le propulser d'entrée parmi les chefs de file de la SF francophone, si tant est qu'il y eût à cette époque une SF francophone... C'est un roman d'une grande ampleur, à vocation épique, que l'on a souvent comparé a Hypérion de Dan Simmons. C'est un roman-univers, qui se prolongera par Terra Mater et La Citadelle Hyponéros. Bordage y développe un univers complet, cohérent, qui se déroule très loin dans le futur, peuplé de créatures humanoïdes inoubliables, comme ces Scaythes aux pouvoirs terrifiants.

C'est un récit foisonnant, où l'on suit de nombreux personnages, et je ne saurais en rendre la complexité ici. Sachez toutefois que c'est une grande oeuvre, qu'il faut beaucoup de temps pour la lire (700 pages chez L'Atalante), et que ça vaut vraiment le coup. A noter qu'il a été fait une adaptation en BD, par Algésiras et Ogaki, aux Editions Delcourt (en 4 tomes, série terminée).





 

Spooky.

par Ansible publié dans : Livres communauté : Autres Mondes...
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Dimanche 7 septembre 2008


Je fais suivre une annonce que m'a envoyée mon ami Vladkergan, créateur du site Vampirisme.com. N'hésitez pas à la diffuser autour de vous si vous pensez que cela peut intéresser quelqu'un.

Dans l'idée de continuer à éditer des recueils de nouvelles liées à notre theme préféré, le vampire (comme cela a déjà été le cas avec "Millenium Vampire"), l'equipe de VampireDarkNews.com a décidé de se lancer dans un challenge de fous : la traduction et l'edition EN FRANCAIS du premier feuilleton vampirique qui date de 1846 : VARNEY LE VAMPIRE ou LE FESTIN DE SANG.

L'oeuvre étant titanesque : plus de 237 chapitres, nous proposons à chaque traducteur/auteur qui voudra se lancer dans l'aventure de traduire un ou deux chapitres. Ainsi, à la manière des séries TV actuelles, chaque "épisode" de VARNEY sera "réalisé" par un traducteur différent.

Le tout sera édité par nos soins. Il va sans dire que nous ne pourrons pas rémunérer les traducteurs, mais ils seront largement cités avec leur(s) publications dans un lexique à la fin...

Si vous pensez que le projet peut vous intéresser ou intéresser certains de vos contacts n'hésitez pas à me le dire et à leur faire suivre cet avis...

Ce projet est soutenu par Mr Jean Marigny, ancien professeur de l'Université Stendhal à Grenoble, où il enseignait la littérature anglaise et américaine, et membre fondateur du GERF (Groupe d'Études et de Recherches sur le Fantastique)

Merci

Association Vampire Story (Loi 1901) http://www.vampiredarknews.com

Si vous voulez vous faire une idée du texte original c'est par ici.

EDIT du 8 septembre : Voici quelques précisions.

Voici les éléments à prendre en compte pour une participation au projet de traduction de Varney. Dans un premier temps, nous avons décidé de nous consacrer au premier tome du récit, accessible <a href="
http://etext.lib.virginia.edu/toc/modeng/public/PreVar1.html">à cette adresse</a>

La liste actuelle des chapitres en cours de traduction et à traduire est la suivante :

* Chapter 1 CHAPTER I. -- En cours
* Chapter 2 Chapter II. -- En cours
* Chapter 3 CHAPTER III. -- En cours
* Chapter 4 CHAPTER IV. -- En cours
* Chapter 5 CHAPTER V. -- FAIT
* Chapter 6 CHAPTER VI. -- En cours
* Chapter 7 CHAPTER VII. -- En cours
* Chapter 8 CHAPTER VIII. --FAIT
* Chapter 9 CHAPTER IX. -- En cours
* Chapter 10 CHAPTER X. -- En cours
* Chapter 11 Chapter XI. -- En cours
* Chapter 12 Chapter XII. -- En cours
* Chapter 13 Chapter XIII. -- En cours
* Chapter 14 Chapter XIV. -- En cours
* Chapter 15 Chapter XV. -- En cours
* Chapter 16 CHAPTER XVI. --
* Chapter 17 Chapter XVII. -- En cours
* Chapter 18 CHAPTER XVIII.
* Chapter 19 CHAPTER XIX. -- FAIT
* Chapter 20 CHAPTER XX. -- FAIT
* Chapter 21 Chapter XXI.
* Chapter 22 Chapter XXII. -- FAIT
* Chapter 23 Chapter XXIII.
* Chapter 24 CHAPTER XXIV. -- En cours
* Chapter 25 Chapter XXV.
* Chapter 26 Chapter XXVI.
* Chapter 27 Chapter XXVII. -- En cours
* Chapter 28 Chapter XXVIII.
* Chapter 29 Chapter XXIX.
* Chapter 30 Chapter XXX.
* Chapter 31 Chapter XXXI.
* Chapter 32 Chapter XXXII.
* Chapter 33 Chapter XXXIII.
* Chapter 34 Chapter XXXIV.
* Chapter 35 Chapter XXXV.En cours
* Chapter 36 Chapter XXXVI.
* Chapter 37 Chapter XXXVII.
* Chapter 38 Chapter XXXVIII.
* Chapter 39 Chapter XXXIX.
* Chapter 40 Chapter XL.
* Chapter 44 Chapter XLIV.
* Chapter 45 Chapter XLV.
* Chapter 46 Chapter XLVI.
* Chapter 47 Chapter XLVII.
* Chapter 48 Chapter LVIII.
* Chapter 49 Chapter XLIX.
* Chapter 50 Chapter L. -- FAIT
* Chapter 51 Chapter LI.
* Chapter 52 Chapter LII.
* Chapter 53 Chapter LIII.
* Chapter 54 Chapter LIV.
* Chapter 55 Chapter LV.
* Chapter 56 Chapter LVI.
* Chapter 57 Chapter LVII.
* Chapter 58 Chapter LVIII.
* Chapter 59 Chapter LIX.
* Chapter 60 Chapter LX.
* Chapter 61 Chapter LXI.
* Chapter 62 Chapter LXII.
* Chapter 63 Chapter LXIII.
* Chapter 64 Chapter LXIV.
* Chapter 65 Chapter LXV.

Comme vous pouvez le voir, vous avez encore l'embarras du choix. La deadline pour cette nouvelle salve de traduction est fixée au 31 novembre 2008.

Si le projet vous intéresse, vous pouvez contacter Slash, qui gère l'ensemble des équipes de traduction, à l'adresse suivante : slash00[at]aliceadsl.fr, en lui précisant votre niveau d'anglais ainsi que le ou les chapitres que vous vous proposez de traduire.

D'avance, merci pour votre contribution.

Vladkergan.
par Ansible publié dans : Livres communauté : Autres Mondes...
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Mercredi 3 septembre 2008


Hier soir, avec l’amie Hespéride alias Isabelle Bauthian, nous étions conviés (par l’intermédiaire d’un autre site, mais j’y reviendrai) à la rentrée littéraire des Editions Bragelonne. Mais qu’est-ce donc ? Bragelonne est une maison d’édition qui existe depuis le 1er avril 2000, montée par un petit groupe de passionnés de fantasy. 8 ans après, pour faire comme les autres éditeurs, ils ont proposé à un groupe de privilégiés (environ 100 personnes ?) de venir avec eux fêter leur rentrée… Voici donc mon compte-rendu.



Le rendez-vous était dans les Caves Saint-Sabin, un lieu sympathique que j’ai déjà eu la chance de voir. Mais cette fois-ci, pas d’obligation vestimentaire particulière, nous pouvions déambuler librement sous les voûtes. A 18h30, heure à laquelle nous descendons, il y a déjà une trentaine de personnes en train de prendre un verre, de discuter, de feuilleter les ouvrages publiés par Bragelonne et exposés sur deux tables en bois. Parmi les convives, je reconnais d’emblée Alain Névant, le boss, dont je reparlerai ultérieurement, mais aussi Gérard Guéro, moitié d’Ange, que j’ai eu le plaisir d’interviewer récemment. Lui aussi me remet, et nous commençons à discuter. L’atmosphère est sympathique, visiblement plusieurs « mondes » se côtoient : édition, bandes dessinées, cinéma… Aux alentours de 19h, une charmante hôtesse bat le rappel : Stéphane Marsan, Directeur éditorial de Bragelonne, s’apprête à entamer son allocution. Nous nous installons dans la grande salle, avec nos verres de cidre, de bière ou de jus de fruits. L’homme est élégant, mais peu habitué à faire des discours. Il commence par une anecdote au sujet des Alcooliques anonymes et de Jack Palance, acteur légendaire aujourd’hui décédé, pour faire le parallèle avec son amour de la fantasy. D’entrée l’ambiance se décontracte, et il entame l’histoire de la maison d’édition qu’il a cofondée.



Cette création répondait à un besoin, fort, de combler un certain manque éditorial en France. Une envie irrépressible de publier de la fantasy. Publier des récits imaginaires, mais dans des conditions optimales, l’offrir au grand public avec des maquettes attractives, des couvertures qui pètent, mais aussi proposer de la variété, du nombre. Afin qu’enfin, la fantasy soit visible, attrayante. En 2000 trois ouvrages sont sortis. Il y en a maintenant plus de 300 au catalogue. Aujourd’hui Bragelonne est le premier éditeur de l’imaginaire en France, pour ne pas dire le seul. Du coup l’équipe éditoriale tente un coup, que je trouve osé, pour ne pas dire surprenant : créer la concurrence ! C’est comme ça que Milady a vu le jour, Milady étant un label qui réédite certains titres du catalogue Bragelonne, mais en poche, et qui propose l’édition de nouveaux titres en grand format. Le but est aussi de toucher d’autres publics avec Milady. Des gens qui aiment la fantasy, mais ne sont pas prêts à mettre 25 euros dans un bouquin, toucher le public féminin via des maquettes différentes… Lorsque le tome 2 d’un cycle sortira en grand format, le tome 1 sortira en poche. Il y aura aussi des sorties de livres sous jaquettes, pour en faire des beaux livres, créer une bibliophilie nouvelle basée sur la beauté, la rareté de l’objet. En bref, permettre à la fantasy de franchir les barrières, de la faire entrer dans le cénacle de la littérature tout court, comme le roman policier l’a fait il y a 15 ou 20 ans.



Dans la deuxième partie de son intervention, Stéphane Marsan s’attache à placer les auteurs emblématiques de la maison d’édition dans cette perspective.
Le premier auteur dont il parle est Terry Goodkind, et en particulier de son cycle L’Epée de vérité. Goodkind est l’auteur de fantasy le plus vendu en France, et c’est le dernier prodige en date de la fantasy américaine. Le tome 8 de sa saga sort en fin d‘année. Pour marquer le coup, Bragelonne va également publier une de ses novellas en tirage limité et luxe. Le second auteur évoqué est Robert Howard, auteur symbolique du genre puisqu’il est le créateur de Conan. Bragelonne veut aussi faire dans le patrimoine en revenant sur ces pionniers, qui provoquent beaucoup d’émotions chez les amateurs. Par conséquent le cycle de Conan est déjà en cours de réédition, avec une nouvelle traduction. De même pour Solomon Kane, du même auteur.
Vient ensuite David Gemmell, auteur emblématiquissime de chez Bragelonne. C’est en effet la publication de Légende, en novembre 2000, qui lança véritablement la maison d’édition. David Gemmell, disparu subitement il y a deux ans. Un Gemmell qui était presque un père pour l’équipe de Bragelonne, qui était très attentif aux choix éditoriaux, qui déambulait régulièrement dans Paris (je pense l’avoir croisé plusieurs fois en librairie, mais sans le savoir). Gemmell, qui amené la fantasy sur des terres épiques d’une puissance évocatrice presque sans équivalent. Sa littérature est humaine, mais aussi très forte et efficace. Bragelonne publie actuellement sa dernière série, Troie. L’évocation de Stéphane Marsan est poignante mais courte, l’émotion étant palpable.

Mais plutôt que de se reposer sur ses (glorieux) lauriers, Bragelonne se tourne vers l’avenir. L’avenir, c’est d’abord le cycle de Kushiel, par Jacqueline Carey. Le fan de fantasy qui sommeille (ou pas, en fait) chez Stéphane Marsan s’éveille, ses yeux s’allument. Pour lui le premier roman, La Marque (qui est le nom de l’héroïne, une sorte d’espionne, de mata-hari transposée en fantasy) va révolutionner le genre. Jacqueline Carey serait une auteure de la trempe de Robin Hobb, George RR Martin, ou encore David Gemmell, rien que ça. C’est un roman dense, touffu, doublé d’une fresque troublante, aux accents érotiques, presque sado-masochistes, assumés. Cette auteure est emblématique de la volonté de l’éditeur de multiplier les thématiques, de proposer des histoires plus adultes. Stéphane Marsan parle de « Bitlist », qui est un ensemble d’auteurs et d’œuvres qui assument leur héritage d’histoires noires, d’histoires de vampires, avec des héroïnes fortes, mais aussi de la romance, des sentiments, et de l’action entremêlés. Avec aussi le désir de renouer avec le feuilleton classique. Tout cela pour permettre une lecture purement distrayante, une tendance qui submerge actuellement le marché anglo-saxon.

Comme je l’ai dit, Bragelonne veut aussi faire du patrimoine en fantasy. C’est pour cela que des auteurs comme Terry Brooks, Raymond E. Feist et Fritz Leiber y trouvent leur place. Une œuvre comme Princess Bride, de William Goldman, également.
Mais Bragelonne souhaite également faire découvrir de nouveaux auteurs, 7 ou 8 chaque année. Stéphane Marsan nous parle donc des dernières découvertes maison. En premier lieu James Clemens, dont les récits parlent d’une héroïne qui se découvre des pouvoirs, mais aussi Fiona Mc Intosh, dont l’œuvre séduit des lecteurs non fans de fantasy, ou encore Trudi Canavan, qui est lue par des jeunes amateurs de 10-11 ans, mais aussi des adultes. Bragelonne publie également des auteurs d’autres pays que la traditionnelle sphère anglo-saxonne, tels que Janny Wurts, qui est allemande. Les Allemands, qui appartiennent à la sphère anglo-saxonne, et sont plus ouverts à la fantasy.



Stéphane Marsan parle encore d’autres auteurs symboliques, comme EE Knight, dont l’œuvre sera directement publiée en poche, RA Salvatore, qui a beaucoup écrit dans l’univers des Royaumes oubliés, ou encore Pierre Pevel, auteur français qui sera bientôt traduit en anglais. Il évoque aussi Laurent Genefort, l’un des chefs de file de la SF française, qui s’est mis récemment à la fantasy, d’Ange, scénariste bicéphale de bande dessinée qui exerce aussi dans la traduction, le scénario de télévision, mais aussi, avec un certain bonheur, dans la littérature de fantasy. Ange, qui écrit un nouveau cycle avec un concept fort, l’histoire d’une jeune femme qui peut transformer la douleur en plaisir. Marsan a invité Anne Guéro, une moitié d’Ange, à venir en parler brièvement au micro.



Sont également évoqués Richard Morgan, dont le roman, Carbone modifié, fait se télescoper science-fiction et polar. Carbone modifié va être réédité en poche, et son second roman, Blackman, va sortir en fin d’année.



Bragelonne, c’est au départ la fantasy, mais petit à petit les genres se diversifient. Science-fiction (avec la collection les Trésors de la SF, dirigée par Genefort, qui publie notamment Julia Verlanger), mais aussi terreur et fantastique. Des œuvres fortes, spectaculaires, qui proposent également une relecture, un regard particulier sur notre monde, nos valeurs morales. Jack Ketchum, avec son Une Fille comme les autres, a fait forte impression sur l’éditeur. Le bandeau qui entoure le roman en témoigne : Ce livre est insupportable, je ne l’oublierai jamais. On nous parle également de Robert Mc Cammon, qui avait fait une arrivée remarquée au début des années 90 dans la littérature de terreur, puis avait disparu avant de revenir avec un roman énorme, dont je vous parle par ailleurs. Benoît Domis, traducteur de ces deux auteurs, est venu parler brièvement de son travail et des surprises à venir.



Bref, après ce tour d’horizon gouleyant, Stéphane Marsan parla de son plaisir d’être éditeur de l’imaginaire et nous invita à venir discuter, échanger autour de ces thèmes, tout en sirotant une boisson et dégustant un buffet médiéval. Et, cerise sur le gâteau, à nous servir parmi les ouvrages disponibles sur les tables, nous promettant également de repartir avec les épreuves non corrigées de 3 ouvrages à venir, parmi lesquels le roman d’Ange, et celui de Jacqueline Carey !!



Hespéride et moi nous mélangeons donc, discutant avec Emmanuel Baldenberger, qui s’occupe des relations avec les libraires, Ange, encore et toujours, Aléthia, du site Elbakin, site que j’apprécie beaucoup et depuis longtemps. Il y a même un rédacteur de Jeu de rôle Magazine qui vient me voir. Et puis, le plaisir de rencontrer Guillaume et Pierre, du site Babelio.com, puisque c’est Guillaume qui m’a proposé de venir à cette soirée. Après avoir pillé la table des bouquins, j’essayai de trouver Alain Névant, avec l’aide de Stéphane Marsan, pour évoquer avec lui le bon temps d’Ozone… Mais on reparlera de tout ça un jour.




Pour ma part j’ai passé une excellente soirée, en compagnie de passionnés, et je souhaite une longue vie à Bragelonne et Milady !

Je vous invite bien sûr à aller faire un tour sur le site de cet éditeur incontournable.


Spooky.
par Ansible publié dans : Livres
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Mardi 19 août 2008
C'est mon ami Pierig qui m'a donné le lien. Il s'agit d'une page où vous pouvez admirer les couvertures de 5.000 oeuvres de science-fiction.

Une curiosité à aller voir.

Spooky.
par Ansible publié dans : Livres communauté : Autres Mondes...
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Mardi 12 août 2008
 
Nous sommes à la fin du 21ème siècle. Les plus grandes cités se sont regroupées par de gigantesques réseaux souterrains, supposés sécurisés. En-dehors, c’est le pays des Horcites, où règnent le chaos, la pollution, les épidémies…

Dans le réseau de NyLoPa (qui regroupe New York, Londres et paris), pourtant, une série de morts effroyables commence à semer la terreur. Une brigade de police spéciale est chargée de mener l’enquête. Nous suivons donc Ganesh, un Fouineur, c'est-à-dire un flic équipé d’une biopuce implantée dans son cerveau. Cette biopuce lui communique données et probabilités en temps réel pour faire avancer son enquête. Ganesh mène donc ses recherches pour trouver ceux que l’on surnomme très vite les Ombres, à cause de leur action ravageuse et leur faculté à ne laisser aucune trace. Et chez les Horcites, c’est Naja, une jeune femme intrépide dont la famille périt dans un incendie provoquée par ceux qu’on surnomme les Cavaliers de l’Apocalypse.

 





L’originalité de ce projet tient en son support. En effet il s’agit de fichiers mp4, c'est-à-dire d’images fixes (type BD) que l’on anime légèrement pour illustrer un texte lu par des comédiens accompagnés d’effets sonores. L’ensemble de la série est disponible via plusieurs possibilités. D’abord l’abonnement, fixé à 2 euros par mois, qui permet de recevoir par e-mail un épisode par semaine. L’abonnement annuel coûte 20 euros (pour 40 épisodes). Vous pouvez aussi découvrir la série sur un DVD découverte (15 épisodes) au prix de 9,99 euros dès la rentrée. Les épisodes durent de 12 à 15 minutes. La durée a été réduite en cours de route pour « coller » aux attitudes des spectateurs (qui s’agitent au bout de 10 minutes de visionnage). Il est également possible de retrouver ces épisodes sur le site d’une grande enseigne culturelle consacré au téléchargement légal au prix de 0,70€ l’épisode. Le passeport sur la saison ou l’abonnement annuel comprennent l’envoi d’un DVD comprenant tous les épisodes et des bonus en fin de saison.

 

A l’origine du projet, Bruno Martinaud et Rubi Cortes, patrons de la société mp3minutes. Leur idée ? Réaliser des séries mp3 professionnelles (à la différence du Donjon de Naheulbeuk, par exemple) à destination du grand public. Il contacte Pierre Bordage, auteur de science-fiction très connu, afin de réaliser une série « intensément dialoguée et ponctuée par des récitants, mis en scène et produite selon le savoir faire de l’industrie cinématographique, illustrée par une BD-video mais avec une bande audio totalement indépendante pour s’ajuster aux situations limitées à l’écoute. » (j’ai repris l’argumentaire de l’éditeur, qui me semble bien détourer les caractéristiques du projet).

 

Pierre Bordage s’est fait un nom depuis la parution en 1994 des Guerriers du silence (qui a lui-même été adapté en BD). Son univers est caractérisé par une grande richesse, un humanisme qui ne se dément pas, c’est l’un des chefs de file de la SF française. Parmi ses plus grands succès on trouve Les fables de l’Humpur, la Citadelle Hyponéros, Abzalon et Wang. Pour réaliser concrètement ces Chroniques des Ombres, les producteurs font appel à un casting vocal de premier choix ; je citerai les acteurs habituellement doublés, ce sera plus parlant : Morgan Freeman, George Clooney, Cameron Diaz, Christina Ricci, Scarlett Johansson, Nicole Kidman, Gwyneth Paltrow, Uma Thurman ; certains ont aussi travaillé pour Smallville, Les experts, Les Guignols de l’info...

Côté illustration, c’est là encore une belle équipe qui est constituée, mais pas vraiment de stars, plutôt des illustrateurs free lance ou des character designers de jeux video. Notons quand même le nom de Gilles Francescano, connu pour illustrer de nombreuses couvertures de SF chez Folio SF ou le Livre de Poche, Grelin, dessinateur des séries Hazard et La Colo chez Soleil, ou encore Stéphanie Hans, qui réalise Galathéa (Emmanuel Proust Editions). L’habillement musical est assuré par Laurent Dury et Jean-Pierre Limborg, aux influences classiques et jazzy.

 

En complément des épisodes, le site internet officiel propose de nombreuses ressources : des informations sur la production, sur l’univers des Chroniques des Ombres (les personnages, NyLoPa, la biopuce, le pays vague, l’évolution du monde)… On y trouve également des extraits et résumés de chaque épisode, des fonds d’écran, mais aussi un espace communautaire comportant des fora, un espace fan-art, des jeux et une newsletter.

 





Ayant pu me procurer le DVD découverte comportant les 15 premiers épisodes, j’ai pu juger de la qualité de la série. Les premiers épisodes durent 15 minutes, et l’on sent un certain tâtonnement dans la réalisation. Les styles graphiques sont assez diversifiés, trop peut-être. On a du franco-belge avec des influences manga, du dessin typique de BD ou de l’illustration, et même des dessins qui ressemblent plus à des esquisses qu’à des cases encrées. De plus le son n’est pas toujours très bon, et quelques sautes sonores par-ci par-là hachent un peu la progression du récit. Mais au fil des épisodes les défauts sont gommés, notamment certains soucis de rythme. Assez vite on rentre dans l’histoire, les qualités de conteur de Pierre Bordage étant intactes. Un autre point positif dans la conception, au début de chaque épisode un récitant, homme ou femme, fait le résumé de l’intrigue. Pratique quand on n’a pas visionné un épisode depuis longtemps. Au début de chaque épisode on entend également ce qui est présenté comme un extrait d’ouvrage scientifique, sociologique, philosophique, un proverbe…

 





Au bout du visionnage des 15 premiers épisodes, le bilan (provisoire) est très positif. Bordage a écrit une intrigue complexe, une sorte de puzzle dont les morceaux sont à raccrocher ensemble, et les comédiens donnent une vie sacrément prenante aux personnages. J’aime par exemple beaucoup Naja, à la fois courageuse et sensible, mais aussi Josp, un mutant qui fait un peu penser à Gollum, mais dont le caractère est empreint d’innocence. Les dessins sont sympas, j’en préfère bien sûr certains par rapport à d’autres, mais il y a là encore de beaux talents. L’univers développé par Bordage, nous montrant une France retournée à l’état médiéval à côté des Cités unifiées, s’il n’est pas original, a le mérite d’être cohérent et d’offrir de multiples possibilités narratives. Très encourageant.

 

Si vous voulez en savoir plus, visitez le site officiel, ou même regarder cette bande-annonce.

 

Spooky.

par Ansible publié dans : Livres communauté : Autres Mondes...
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Vendredi 8 août 2008


WORLD WAR Z

 

Films, bandes dessinées, jeux vidéos, jeux de société, depuis quelques années les zombies, morts-vivants et goules font un retour en force, après celui effectué quelques années plus tôt par leurs cousins vampires. C’en est arrivé au point que même le fan de nos amis décomposés peut finir par frôler l’indigestion. Pourtant, malgré ma lassitude de les voir resservis à toutes les sauces, je lorgnais depuis longtemps sur World War Z de Max Brooks (par ailleurs auteur d’un Zombie Survival Guide). Sous-titré An Oral History of the Zombie War, le livre est présenté comme un documentaire et nous raconte un conflit qui, dans un futur très proche, oppose l’humanité entière à une invasion de zombies.

 

Créés par un virus d’origine inconnue, les zombies de World War Z ressemblent à l’idée que l’on peut se faire de ces bestiaux depuis La Nuit des Mort-Vivants : des créatures lentes et dépourvues d’intelligence, uniquement mues par une faim inextinguible de chair fraîche, qui propagent leur infection par morsure et ne peuvent être stoppées que par la destruction de leur cerveau. L’épidémie démarre en Chine et se propage rapidement sur toute la planète. L’humanité lutte du mieux qu’elle peut, mais s’organiser face à cette menace inédite et terrifiante se révèle extrêmement difficile, et ce n’est que de justesse que l’on échappe à l’extinction complète, après une dizaine d’années de “guerre mondiale” contre ces envahisseurs venus de l’intérieur et dont les rangs augmentent chaque fois que diminuent ceux de leurs victimes.

 

C’est par une série de témoignages émanant de tous les continents qu’est racontée la “Zème Guerre Mondiale” : le début de l’épidémie, les premières tentatives pour l’endiguer, la propagation globale du mal, la “Grande Panique”, la résistance inefficace de l’armée, l’organisation pour la survie… On voit se dérouler le conflit étape par étape, à travers les yeux de ceux qui l’ont vécu, à différents niveaux de la société. On lira tour à tour les récits d’un médecin ayant constaté l’un des premiers cas dans un petit village ; d’un “passeur” qui a contribué à la catastrophe en aidant des personnes infectées à quitter clandestinement la Chine ; d’un chirurgien ayant transplanté des organes contaminés ; d’un ponte de l’industrie pharmaceutique sans remords d’avoir commercialisé un vaccin bidon ; d’un garde du corps dont l’employeur s’est enfermé avec des célébrités dans un bunker de luxe pour y produire une émission de télé-réalité en marge des événements ; d’un réalisateur de cinéma amené à tourner des films de propagande pour remonter le moral de la population ; de militaires que l’incompétence de leurs officiers a conduits à la débâcle ; de simples civils ayant fui et survécu comme ils pouvaient ; de ceux qui ont fini par planifier des méthodes effroyables mais efficaces pour éviter l’apocalypse totale, réorganiser les zones “sûres” puis contre-attaquer ; de soldats qui ont lutté pour regagner le terrain perdu ; d’un mercenaire accro à la lutte anti-zombies et qui craint de n’en avoir bientôt plus aucun à tuer…

 

Si le livre fournit à l’amateur de zombies son quota de têtes qui explosent, de tripes qui dégoulinent et de scènes d’angoisse (très réussies), c’est surtout par son côté troublant de réalisme que World War Z est remarquable (et qu’il glace bien plus le sang qu’une simple succession de confrontations brutales entre vivants et morts). Le livre n’omet aucun aspect, politique, social, économique, psychologique, des causes et conséquences de l’horreur, et ne sombre jamais dans la grosse satire tarte-à-la-crème (du style “Ha ! Voyez, en réalité, tout ça c’est une allégorie hyper profonde de l’Amérique de George Bush/la société de consommation/la ségrégation raciale !!!”) tout en proposant évidemment, comme toute bonne œuvre de science-fiction, plus qu’un simple exercice de style consistant à rendre crédible un futur hypothétique résultant d’événements n’ayant jamais eu lieu. Car Max Brooks n’est jamais lourd, jamais binaire, et c’est par petites touches qu’il distille son ironie, comme dans ce récit d’un homme politique expliquant la difficulté de rebâtir une communauté et une économie détruites alors que la majeure partie de la population est habituée à exercer un métier “inutile” comme consultant, analyste ou communiquant...

 

Le livre s’essouffle malheureusement vers la fin ; après une longue série de témoignages si captivants qu’on se dit souvent “Dommage que ça s’arrête, parce que rien qu’avec cette histoire-là il y avait de quoi tirer tout un roman, ou au moins tout un chapitre supplémentaire”, la plupart des récits des dernières parties se révèlent nettement plus faibles et on pourra se sentir floué par cette conclusion un poil poussive. 40 pages assez fades sur les opérations de nettoyage d’après-guerre ou la disparition des baleines, après 300 pages d’une plongée passionnante et cauchemardesque dans un enfer apocalyptique, je n’irais pas jusqu’à dire que ça gâche tout, mais la déception est grande. Malgré ça, il serait vraiment regrettable de passer à côté de cet excellent bouquin qui, au-delà du public des aficionados de zombies, a de quoi séduire tout amateur d’anticipation. Il convient juste de signaler que le livre n’a pas encore été traduit en français, ce qui pourra en rebuter plus d’un, encore que le vocabulaire et le niveau de langue devraient permettre à n’importe quel lecteur ayant quelques années d’anglais au compteur et un bon dictionnaire de poche de ne pas se sentir trop perdu.

 

Toxic.

par Ansible publié dans : Livres communauté : Autres Mondes...
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Dimanche 3 août 2008

Avec ce tome, qui constitue le sixième et dernier tome de la somme Histoire de la Terre du Milieu, je clos également une grosse session de lecture consacrée à Tolkien. Pour mémoire, j’ai lu également Les Monstres et les critiques et autres essais, Le Seigneur des Anneaux ou la tentation du Mal, et plus récemment Tolkien, 30 ans après. Je n’épiloguerai pas sur ces lectures, il vous suffit de suivre les liens pour en savoir plus.


Aujourd’hui je vous entretiendrai donc de ce conte des Enfants de Hùrin, personnages très importants du cycle d’Arda. Les évènements contés dans ce tome prennent pied des milliers d’années avant Le Seigneur des Anneaux. La Terre du Milieu est en proie aux luttes entre Morgoth, le premier Seigneur ténébreux (et maître de Sauron, qui fera des misères à cette même terre du Milieu plus tard), et les Elfes, alliés aux Hommes. Hùrin était le seigneur de Dor-Lomin, une petite terre ceinte par les montagnes dans le nord du Beleriand. Le Beleriand se trouve au nord des régions où se déroule l’action du Seigneur des Anneaux. Au cours d’une bataille Hùrin fut capturé par les Orques à la solde de Morgoth, lequel le somma de lui indiquer l’entrée du royaume de Gondolin, une cité cachée dans les montagnes mais recelant de nombreuses richesses. Fier, Hùrin refusa de céder, et Morgoth l’enchaîna au sommet d’une montagne dominant le Beleriand, d’où il put voir, 28 ans durant, tout ce qui s’y passa, par le prisme déformant de Morgoth. Ce dernier lança une terrible malédiction sur les enfants du seigneur de Dor-lomin, Tùrin et Niënor.


Le Beleriand.

Le roman raconte, sous forme de conte, la vie aventureuse et errante du frère et de la sœur, surtout Tùrin. Il fut d’abord envoyé au royaume de Doriath, tenu en sécurité par les Elfes sindarin dirigés par Thingol. Tùrin devint un robuste guerrier, quelque peu impulsif et fruste. Au cours d’une dispute, il tua accidentellement un notable Elfe, et décide lui-même de s’enfuir, vouant son existence à l’errance, sous divers noms d’emprunt. Devenu le chef d’une bande de hors-la-loi, il combattit farouchement les Orques qui commençaient alors à envahir le Beleriand. Il fut ensuite amené à Nargothrond, un autre royaume elfe, où il devient un capitaine au succès fulgurant, se substituant rapidement au maître légitime des lieux, Orodreth. Mais bientôt les armées maléfiques s’abattent sur la cité, menées par le Ver Glaurung, qui annonça avant de s’échapper à Tùrin son destin funeste. Tùrin décida alors de repartir chercher sa sœur et sa mère, hélas parties depuis longtemps de Dor-lomin. C’est là que Glaurung réapparut, ensorcelant la jeune fille et lui faisant perdre totalement la mémoire tandis que sa mère disparaissait. C’est Tùrin qui la recueillit dans la forêt de Brethil, et s’occupa d’elle. Et bien sûr, ils tombèrent amoureux, et Niënor –rebaptisée Niniel (« la jeune fille en pleurs »)- épousa Tùrin et conçut un enfant avec lui. C’est le moment que choisit Glaurung pour réapparaître et menacer leur bonheur. Tùrin le tua, non sans apprendre par la bouche du ver (qui se fit ainsi la voix de Morgoth) l’identité de la jeune fille qu’il trouva un jour errant dans les bois. Recouvrant la mémoire avec le dernier soupir de Glaurung, Niënor ne put supporter la vérité et se jeta du haut d’une falaise. Tùrin, arrivé trop tard pour la retenir, supplia son épée elfique de boire son sang. Ainsi s’achève l’histoire dramatique des enfants de Hùrin…

Tùrin vu par John Howe.

Quelle histoire, n’est-ce pas ? Tùrin Turambar est sans doute l’un des personnages les plus tragiques (au sens du théâtre grec du terme) jamais créés par Tolkien. Exilé, meurtrier d’un notable, de l’un de ses meilleurs amis et soutiens, il causa la perte de Nargothrond, jusque-là inviolable, par ses ambitions guerrières. En outre il perdit ses parents (qui se recueillirent plus tard sur sa tombe, Hùrin libéré et Morwen revenue des ses errances), épousa sans le savoir sa sœur… Cette épopée fut écrite par l’auteur au cours de la première guerre mondiale, à une époque où les Hobbits n’existaient pas encore dans son imaginaire, mais n’avait pas encore été livrée de façon exhaustive aux lecteurs. En effet elle existait sous une forme embryonnaire dans le Livre des Contes perdus. C’est encore une fois son fils Christopher qui, rassemblant des notes, comblant les trous, corrigeant les incohérences, qui nous permet d’avoir ce récit dans son intégralité. Il nous permet par exemple d’avoir une relation conséquente de Nirnaeth Arnoediad, la bataille des Larmes Innombrables (un nom que je trouve sublime), une bataille où Nains, Elfes et Hommes furent unis pour combattre l’Angband, tenu par Morgoth. Cette bataille causa la perte de Hùrin, comme je le disais plus haut, et constitua un basculement dans l’histoire de la terre du Milieu, puisqu’après Morgoth put contrôler la quasi-totalité du Beleriand.

EDIT du 4 août : Je tenais à souligner le travail d'édition remarquable de Christopher Tolkien, à l'attention des nombreux lecteurs qui ne baigneraient pas dans l'ambiance et l'univers de la Terre du Milieu. En effet en fin de tome se trouve un index des noms propres présents dans le conte. C'est vrai qu'il est parfois difficile de tout retenir, a fortiori quand les personnages et parfois els lieux changent de noms. Même moi j'avais un peu de mal par moments. J'ai essayé justement de ne pas trop en rajouter à ce niveau dans ma chronique. En complément de cet index se trouve une carte des lieux des évènements relatés, qui sans être complète, permet tout de même de se situer un peu dans l'espace. Seul reproche à faire aux éditeurs, la connexion géographique avec l'action du Seigneur des Anneaux n'est pas aisée.

Les Enfants de Hùrin
constitue l’un des récits les plus épiques de Tolkien, à rapprocher bien sûr de son Seigneur des Anneaux. Une lecture très dynamique.

Spooky.
par Ansible publié dans : Livres communauté : Autres Mondes...
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