Mercredi 3 septembre 2008
Hier soir, avec l’amie Hespéride alias Isabelle Bauthian, nous étions conviés (par
l’intermédiaire d’un autre site, mais j’y reviendrai) à la rentrée littéraire des Editions Bragelonne. Mais qu’est-ce donc ? Bragelonne est une maison d’édition qui existe depuis le 1er avril
2000, montée par un petit groupe de passionnés de fantasy. 8 ans après, pour faire comme les autres éditeurs, ils ont proposé à un groupe de privilégiés (environ 100 personnes ?) de venir avec
eux fêter leur rentrée… Voici donc mon compte-rendu.

Le rendez-vous était dans les Caves Saint-Sabin, un lieu sympathique que j’ai déjà eu la
chance de voir. Mais cette fois-ci, pas d’obligation vestimentaire particulière, nous pouvions déambuler librement sous les voûtes. A 18h30, heure à laquelle nous descendons, il y a déjà une
trentaine de personnes en train de prendre un verre, de discuter, de feuilleter les ouvrages publiés par Bragelonne et exposés sur deux tables en bois. Parmi les convives, je reconnais d’emblée
Alain Névant, le boss, dont je reparlerai ultérieurement, mais aussi Gérard Guéro, moitié d’Ange, que j’ai eu le plaisir d’interviewer récemment. Lui aussi me remet, et nous commençons à
discuter. L’atmosphère est sympathique, visiblement plusieurs « mondes » se côtoient : édition, bandes dessinées, cinéma… Aux alentours de 19h, une charmante hôtesse bat le rappel : Stéphane
Marsan, Directeur éditorial de Bragelonne, s’apprête à entamer son allocution. Nous nous installons dans la grande salle, avec nos verres de cidre, de bière ou de jus de fruits. L’homme est
élégant, mais peu habitué à faire des discours. Il commence par une anecdote au sujet des Alcooliques anonymes et de Jack Palance, acteur légendaire aujourd’hui décédé, pour faire le parallèle
avec son amour de la fantasy. D’entrée l’ambiance se décontracte, et il entame l’histoire de la maison d’édition qu’il a cofondée.

Cette création répondait à un besoin, fort, de combler un certain manque éditorial en France. Une envie irrépressible de publier
de la fantasy. Publier des récits imaginaires, mais dans des conditions optimales, l’offrir au grand public avec des maquettes attractives, des couvertures qui pètent, mais aussi proposer de la
variété, du nombre. Afin qu’enfin, la fantasy soit visible, attrayante. En 2000 trois ouvrages sont sortis. Il y en a maintenant plus de 300 au catalogue. Aujourd’hui Bragelonne est le premier
éditeur de l’imaginaire en France, pour ne pas dire le seul. Du coup l’équipe éditoriale tente un coup, que je trouve osé, pour ne pas dire surprenant : créer la concurrence ! C’est comme ça que
Milady a vu le jour, Milady étant un label qui réédite certains titres du catalogue Bragelonne, mais en poche, et qui propose l’édition de nouveaux titres en grand format. Le but est aussi de
toucher d’autres publics avec Milady. Des gens qui aiment la fantasy, mais ne sont pas prêts à mettre 25 euros dans un bouquin, toucher le public féminin via des maquettes différentes… Lorsque le
tome 2 d’un cycle sortira en grand format, le tome 1 sortira en poche. Il y aura aussi des sorties de livres sous jaquettes, pour en faire des beaux livres, créer une bibliophilie nouvelle basée
sur la beauté, la rareté de l’objet. En bref, permettre à la fantasy de franchir les barrières, de la faire entrer dans le cénacle de la littérature tout court, comme le roman policier l’a fait
il y a 15 ou 20 ans.

Dans la deuxième partie de son intervention, Stéphane Marsan s’attache à placer les auteurs emblématiques de la maison d’édition
dans cette perspective.
Le premier auteur dont il parle est Terry Goodkind, et en
particulier de son cycle L’Epée de vérité. Goodkind est l’auteur de fantasy le plus vendu en France, et c’est le dernier prodige en date de la fantasy américaine. Le tome 8 de sa saga
sort en fin d‘année. Pour marquer le coup, Bragelonne va également publier une de ses novellas en tirage limité et luxe. Le second auteur évoqué est Robert Howard, auteur symbolique du genre
puisqu’il est le créateur de Conan. Bragelonne veut aussi faire dans le patrimoine en revenant sur ces pionniers, qui provoquent beaucoup d’émotions chez les amateurs. Par conséquent le
cycle de Conan est déjà en cours de réédition, avec une nouvelle traduction. De même pour Solomon Kane, du même auteur.
Vient ensuite David Gemmell, auteur emblématiquissime de chez Bragelonne. C’est en effet la publication de Légende, en novembre 2000,
qui lança véritablement la maison d’édition. David Gemmell, disparu subitement il y a deux ans. Un Gemmell qui était presque un père pour l’équipe de Bragelonne, qui était très attentif aux choix
éditoriaux, qui déambulait régulièrement dans Paris (je pense l’avoir croisé plusieurs fois en librairie, mais sans le savoir). Gemmell, qui amené la fantasy sur des terres épiques d’une
puissance évocatrice presque sans équivalent. Sa littérature est humaine, mais aussi très forte et efficace. Bragelonne publie actuellement sa dernière série, Troie. L’évocation de
Stéphane Marsan est poignante mais courte, l’émotion étant palpable.
Mais plutôt que de se reposer sur ses (glorieux) lauriers, Bragelonne se tourne vers l’avenir. L’avenir, c’est d’abord le cycle de
Kushiel, par Jacqueline Carey. Le fan de fantasy qui sommeille (ou pas, en fait) chez Stéphane Marsan s’éveille, ses yeux s’allument. Pour lui le premier roman, La Marque (qui
est le nom de l’héroïne, une sorte d’espionne, de mata-hari transposée en fantasy) va révolutionner le genre. Jacqueline Carey serait une auteure de la trempe de Robin Hobb, George RR Martin, ou
encore David Gemmell, rien que ça. C’est un roman dense, touffu, doublé d’une fresque troublante, aux accents érotiques, presque sado-masochistes, assumés. Cette auteure est emblématique de la
volonté de l’éditeur de multiplier les thématiques, de proposer des histoires plus adultes. Stéphane Marsan parle de « Bitlist », qui est un ensemble d’auteurs et d’œuvres qui assument leur
héritage d’histoires noires, d’histoires de vampires, avec des héroïnes fortes, mais aussi de la romance, des sentiments, et de l’action entremêlés. Avec aussi le désir de renouer avec le
feuilleton classique. Tout cela pour permettre une lecture purement distrayante, une tendance qui submerge actuellement le marché anglo-saxon.
Comme je l’ai dit, Bragelonne veut aussi faire du patrimoine en fantasy. C’est pour cela que des auteurs comme Terry Brooks,
Raymond E. Feist et Fritz Leiber y trouvent leur place. Une œuvre comme Princess Bride, de William Goldman, également.
Mais Bragelonne souhaite également faire découvrir de nouveaux auteurs, 7 ou 8 chaque année. Stéphane Marsan nous parle donc des dernières découvertes
maison. En premier lieu James Clemens, dont les récits parlent d’une héroïne qui se découvre des pouvoirs, mais aussi Fiona Mc Intosh, dont l’œuvre séduit des lecteurs non fans de fantasy, ou
encore Trudi Canavan, qui est lue par des jeunes amateurs de 10-11 ans, mais aussi des adultes. Bragelonne publie également des auteurs d’autres pays que la traditionnelle sphère anglo-saxonne,
tels que Janny Wurts, qui est allemande. Les Allemands, qui appartiennent à la sphère anglo-saxonne, et sont plus ouverts à la fantasy.

Stéphane Marsan parle encore d’autres auteurs symboliques, comme EE Knight, dont l’œuvre sera directement publiée en poche, RA
Salvatore, qui a beaucoup écrit dans l’univers des Royaumes oubliés, ou encore Pierre Pevel, auteur français qui sera bientôt traduit en anglais. Il évoque aussi Laurent Genefort, l’un
des chefs de file de la SF française, qui s’est mis récemment à la fantasy, d’Ange, scénariste bicéphale de bande dessinée qui exerce aussi dans la traduction, le scénario de télévision, mais
aussi, avec un certain bonheur, dans la littérature de fantasy. Ange, qui écrit un nouveau cycle avec un concept fort, l’histoire d’une jeune femme qui peut transformer la douleur en plaisir.
Marsan a invité Anne Guéro, une moitié d’Ange, à venir en parler brièvement au micro.

Sont également évoqués Richard Morgan, dont le roman, Carbone modifié, fait se télescoper science-fiction et polar.
Carbone modifié va être réédité en poche, et son second roman, Blackman, va sortir en fin d’année.

Bragelonne, c’est au départ la fantasy, mais petit à petit les genres se diversifient. Science-fiction (avec la collection les
Trésors de la SF, dirigée par Genefort, qui publie notamment Julia Verlanger), mais aussi terreur et fantastique. Des œuvres fortes, spectaculaires, qui proposent également une relecture, un
regard particulier sur notre monde, nos valeurs morales. Jack Ketchum, avec son Une Fille comme les autres, a fait forte impression sur l’éditeur. Le bandeau qui entoure le roman en
témoigne : Ce livre est insupportable, je ne l’oublierai jamais. On nous parle également de Robert Mc Cammon, qui avait fait une arrivée remarquée au début des années 90 dans la
littérature de terreur, puis avait disparu avant de revenir avec un roman énorme, dont je vous parle par ailleurs. Benoît Domis,
traducteur de ces deux auteurs, est venu parler brièvement de son travail et des surprises à venir.

Bref, après ce tour d’horizon gouleyant, Stéphane Marsan parla de son plaisir d’être éditeur de l’imaginaire et nous invita à
venir discuter, échanger autour de ces thèmes, tout en sirotant une boisson et dégustant un buffet médiéval. Et, cerise sur le gâteau, à nous servir parmi les ouvrages disponibles sur les tables,
nous promettant également de repartir avec les épreuves non corrigées de 3 ouvrages à venir, parmi lesquels le roman d’Ange, et celui de Jacqueline Carey !!

Hespéride et moi nous mélangeons donc, discutant avec Emmanuel Baldenberger, qui s’occupe des relations avec les libraires, Ange,
encore et toujours, Aléthia, du site Elbakin, site que j’apprécie beaucoup et depuis longtemps. Il y a même un rédacteur de Jeu de rôle
Magazine qui vient me voir. Et puis, le plaisir de rencontrer Guillaume et Pierre, du site Babelio.com, puisque c’est Guillaume qui m’a proposé de venir
à cette soirée. Après avoir pillé la table des bouquins, j’essayai de trouver Alain Névant, avec l’aide de Stéphane Marsan, pour évoquer avec lui le bon temps d’Ozone… Mais on reparlera
de tout ça un jour.


Pour ma part j’ai passé une excellente soirée, en compagnie de passionnés, et je souhaite une longue vie à Bragelonne et Milady
!
Je vous invite bien sûr à aller faire un tour sur le site de cet éditeur
incontournable.
Spooky.
Par Ansible
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Publié dans : Livres
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